Le comportement dans un dôjô...

Un article très intéressant, écrit par YOSHIMURA Kenichi Sensei et trouvé sur le site du Shinzen Dojo...

Je constate que, depuis quelques années, le
niveau technique du kendo français s’est
considérablement amélioré et aujourd’hui,
les Français présentent un kendo louable même aux
yeux des experts japonais. Cela, dune part, grâce
aux efforts assidus des pratiquants qui aiment
vraiment le kendo, et d’autre part, grâce à la ligne
politique du CIK à l’égard de l’enseignement qui ne
date pas d’hier. Si je me
réjouis de ce progrès technique du kendo
français, en revanche, il me faut aujourd’hui
tirer la sonnette d’alarme en ce qui concerne le
comportement des pratiquants dans le dojo, en
stage ou en compétition, et leur façon de
concevoir le kendo même.

Kenichi YOSHIMURA

Il me semble urgent que les pratiquants, surtout les enseignants, reprennent conscience de ce qu’est réellement le kendo et se rappellent ses premières règles car, pour moi, le kendo français est en train de dégénérer. Si j’évoque ce sujet, c’est qu’avant tout, pour ma part, je ne pratique pas le kendo juste pour me battre à la japonaise mais pour tout ce qu’il implique sur les plans culturel, martial et sportif. Et il serait souhaitable que les Français en fassent autant. Sinon, le kendo qu’ils croient pratiquer ne sera que superficiel, sans contenu, sans âme et il continuera à dégénérer pour devenir une simple activité sportive sans caractère particulier.

Pour moi, le kendo est une discipline sportive traditionnelle qui se distingue des sports ordinaires par ses bases de culture traditionnelle. Alors, si l’on veut pratiquer le véritable kendo, on doit forcément adopter non seulement sa méthode technique mais aussi son éthique , ses règles et enfin sa conception de base qui est le fondement de tout le reste. Si votre préoccupation est de vous battre tout simplement revêtu d’un équipement de kendo, en ignorant le reste, vous ne pratiquez pas encore le vrai kendo.

Je souhaite que tous les pratiquants français évoluent dans le sens de l’approfondissement, car je suis convaincu, en outre, que l’apprentissage et la compréhension des éléments qui ne paraissent pas avoir de liens directs avec le progrès technique ont , en réalité, une très grande influence sur le contenu technique. Vous savez sans doute que la mentalité et l’état d’esprit du pratiquant se reflètent bien dans le kendo qu’il pratique. Alors, dans le sens inverse, si le pratiquant arrive à se forger un esprit fort et conscient, son kendo progressera d’autant.

Une série d’articles dans l’Echo des Dojo avec le souhait de guider le kendo français dans cette direction, j’aimerais m’adresser directement à un maximum de pratiquants. C’est pourquoi, je me suis décidé à faire une série d’articles dans l’Echo des Dojo. J’essaierai d’en faire aussi régulièrement que possible et je prie d’avance les lecteurs de m’excuser pour l’absence d’ordre par catégorie de sujets; j’écrirai selon les nécessités et en suivant mon intuition, sur tout ce qui concerne le kendo. De cette manière, je pourrai sans doute éclaircir, dans la mesure de mes compétences, certains points ambigus des pratiquants et en même temps, leur donner des sujets de réflexion.

Sempaï – Kohaï

Dans la pratique du kendo, la relation humaine est un élément très important. Il est impossible de pratiquer le kendo seul et on a toujours besoin d’un partenaire.Si l’on se permet de frapper pleinement sur la tête de son partenaire, ce n’est pas un geste brutal et arrogant mais il s’agit de l’extériorisation réelle de son énergie sous forme de frappe au sabre. Pour que l’attaque soit véritable et bien concentrée, il est nécessaire que l’on considère son partenaire comme l’ennemi dans un combat réel. Mais une fois que le coup a été porté, il ne doit plus subsister aucun sentiment d’affronter un ennemi. Le partenaire redevient notre camarade; il est l’élément indispensable qui nous permet de progresser et nous devons lui garder considération et respect. En changeant le rôle, lorsqu’on reçoit un coup en plein milieu de la tête, on doit remercier son partenaire (même si cela fait mal!), car il nous a montré là où nous étions vulnérables. Ainsi on apprend où est notre faiblesse et l’on essaie de ne plus répéter la même erreur. Si l’on arrive à s’entraîner en gardant cette notion claire à l’égard de la défaite, on peut progresser considérablement. Par contre, ceux qui se soucient uniquement du fait d’avoir touché leur partenaire ou d’avoir été touché resteront toujours à un niveau très bas aussi bien du point de vue technique que du mental. C’est la première chose qu’il faut comprendre à l’égard du partenaire qui nous frappe.

Lorsque l'on débute en kendo, on apprend beaucoup de choses grâce aux enseignants et aux anciens. Sans eux, on ne pourrait jamais progresser. "Les anciens" s’appellent, en japonais, "Sempaï" et les nouveaux arrivés " Kohaï".On accorde beaucoup d’importance à cette notion de relation Sempaï-Kohaï au Japon, non seulement dans le monde du kendo mais aussi dans la vie.

C’est une relation de respect envers les gens plus âgés ou ceux qui ont plus d’expériences et de connaissances. Sans parler du confucianisme qui occupe toujours une grande place dans la culture extrêmeorientale, c’est sûrement une manifestation de sagesse pour rendre la vie harmonieuse entre les individus. Cette notion englobe tous les pratiquants de kendo, au moins à l’intérieur du Japon. C’est pourquoi même des pratiquants prestigieux ou les grands champions japonais gardent, toujours avec autant de modestie, le respect envers tous les maîtres et les sempaïs qui les ont guidés. Les sempaïs sont toujours mis à l’honneur par les kohaïs. Sur le plan pratique, dans le dojo par exemple, le kokaï laisse la place " plus élevée" au sempaï. Si le kohaï demande un combat au sempaï, celui-ci se met du côté face. S’ils s’alignent pour le salut, l’ordre hiérarchique est respecté selon cette notion de sempaï­kohaï dans la plupart des cas. Je dis " la plupart des cas", car ce n’est pas toujours la règle absolue. Quand on doit tenir compte du grade, il n’est pas impossible que le kohaï plus gradé soit positionné à un rang plus haut que le sempaï moins gradé, lors d’un stage de caractère officiel par exemple. Mais une fois qu’ils rentrent dans leur dojo, ils retrouvent la hiérarchie de sempaï-kohaï. Le grade concerne la maturité technique sans doute, mais je pense que la réelle relation humaine entre les pratiquants du kendo devrait se construire sur cette notion de sempaï-kohaï. Ce qu’il faut comprendre aussi, c’est que l’âge et l’ancienneté ne suffisent pas pour être un bon sempai. Le sempaï doit être toujours un bon modèle pour le kohaï, en ayant un comportement digne. Ainsi, le respect mutuel entre le sempaï et le kohaï existera longtemps, même si le kohaï dépasse le sempaï techniquement. La compétence technique varie suivant la capacité de chacun surtout dans le domaine du combat comme le nôtre. II est tout à fait normal qu’il y ait des enseignants de niveaux divers. Qu’un pratiquant dépasse son premier enseignant et qu’il en change selon son progrès, c’est souhaitable et nécessaire même. Cependant, il ne faut surtout pas qu’il oublie que chaque enseignant était, à chaque période, son senseï et son sempaï. Il y a forcément une différence technique entre son premier enseignant et le dernier, mais il ne doit pas exister entre eux de différence de valeur humaine. Si l’on réussit à assimiler cette notion et à la pratiquer, et que l’on arrive à garder un sentiment de gratitude envers ses enseignants et ses sempaïs, je pense que l’on pourra également être un pratiquant de kendo modèle et que notre monde du kendo sera toujours harmonieux.

Texte mis en page et publié sur le site de Shinzen Dojo

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